21/09/2008

Petite chronique des boîtes de Pandore et des problèmes que l’on se crée de ses propres mains

Des décennies durant, la laïcité a été en dehors du champ, non seulement des querelles, mais du débat politique tout court, à Genève.

Visiblement, Genève avait tourné la page des querelles religieuses, facteurs de division patentés, même si les traces du Kulturkampf subsistent encore dans certains textes, y inclus dans notre actuelle constitution.

Neuchâtel et Genève, seuls cantons de ce type, avaient et ont toujours une stricte séparation de ce qu’on appelle l’Eglise (les églises, devrait-on dire) et de l’Etat.

A un siècle de distance, je persiste à penser que cette séparation est la meilleure chose qui soit arrivée aux religions organisées, appelées communément Eglises, communautés religieuses, etc.

Cette distance à l’égard des errements quotidiens, pervers et amoraux très souvent, des Etats est l’application la plus positive et la plus responsable de l’adage : « Il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu, ce qui est à Dieu ». Cette séparation doit s’étendre aussi aux « églises » de l’athéisme militant et totalitaire, tel que pratiqué dans le glacis soviétique, sans parler du comportement national-socialiste à l’égard des dites Eglises.

L’existence ou non d’une foi, la forme de cette foi, les applications diverses, la pratique religieuse sous diverses formes des habitants d’un Etat de droit laïque ne regardent pas l’Etat, les autorités. Pour reprendre l’expression d’Eluard « Celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas » ne relèvent pas de la curiosité de l’appareil d’Etat.

Les choix de conscience ne sont ni vice, ni vertu, ni louables, ni condamnables.

L’Etat intervient en ce qui concerne les manifestations publiques, du point de vue de l’ordre public, cas échéant les bonnes mœurs sans que cela devienne une autorisation concédée à l’Etat de devenir le Père la vertu officiel.

Avant d’aborder la façon d’appréhender les modernisations que l’on préconise depuis quelques années, il faut rappeler avec modestie que l’ensemble des droits fondamentaux écrits et non écrits liés à ce domaine, relèvent du droit supérieur et que l’espace laissé à une constitution cantonale pour gambader, si l’on ose dire, est bien circonscrit. Nous ne pouvons que respecter le périmètre et, chaque fois que cela s’avère nécessaire, supprimer les scories subsistantes pour raisons historiques antérieures à l’évolution des droits supérieurs, ajouter ce qui manque, etc., avec discipline.

N’ayant pas beaucoup apprécié le déroulement du débat à propos des carrés confessionnels, c’est avec force précaution que j’envisage des « nouveautés », dont l’usage ultérieur nous échappe inévitablement.

De par le monde, depuis deux décennies, la pathologie envahissante consiste à instrumentaliser les religions dans des buts totalitaires et asservissants.

Nous avons, collectivement, un devoir de prudence. Tout au long de l’histoire, les religions elles-mêmes, très proches des lieux de pouvoir, elles-mêmes lieux de pouvoir, n’ont pas dédaigné les totalitarismes. Humaine, très humaine faiblesse.

En conclusion provisoire :

- ouverture d’esprit : oui !
- moderniser, pourquoi pas mais quoi et comment ?
- introduire des ambigüités et des laxismes dans la laïcité de l’Etat et la séparation de ce que l’on appelle communément l’Eglise et l’Etat, relèverait de l’irresponsabilité.

Il faudra, encore une fois, s’écouter et comprendre bien le vrai sens des mots, en une phrase : ne pas conclure des marchés de dupes. Les dupes seraient nos enfants, les générations futures.

20:40 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : constituante, laïcité | |  Facebook

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